Aux États-Unis, c'est une Air Max parmi d'autres. En France, au Royaume-Uni ou en Australie, c'est une institution. La Nike Air Max Plus, que tout le monde en France appelle simplement la TN, est sans doute la sneaker la plus chargée de sens de ce côté de l'Atlantique.

Un coucher de soleil en Floride

La chaussure est dessinée en 1997 par Sean McDowell, un designer qui commence le projet avant même d'être embauché chez Nike. Son point de départ est une scène de plage au coucher du soleil : un ciel en dégradé et des palmiers qui ondulent dans le vent.

On retrouve cette image dans chaque détail du modèle :

  • la tige en dégradé, qui passe d'une couleur vive à une couleur sombre comme un ciel du soir ;
  • les nervures en plastique qui courent sur les côtés, inspirées des troncs et des palmes ;
  • la pièce rigide sous la voûte plantaire, dessinée comme une queue de baleine sortant de l'eau.

Pendant le développement, le projet s'appelle « Sky Air ».

Nike Air Max Plus noire avec dégradé de couleurs
Les nervures de la tige, inspirées des palmiers, et les bulles Tuned Air au talon.Photo : HI 622, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Tuned Air : la technologie derrière les deux lettres

La chaussure est conçue pour Foot Locker, qui en a d'abord l'exclusivité. Le distributeur demande de mettre en avant la technologie d'amorti du modèle, le Tuned Air : des capsules d'air associées à de petites pièces en forme de dôme, qui stabilisent l'amorti au lieu de laisser la bulle s'écraser librement.

Le logo « TN Air » imprimé sur le talon et sur la semelle donne son surnom au modèle. Les premiers coloris, comme le Hyper Blue, le Sunset ou le Tiger, déclinent le dégradé d'origine.

La TN en France

Dès sa sortie en 1998, la TN coûte cher : autour de 900 francs, l'une des paires les plus onéreuses du marché. C'est précisément ce prix qui en fait un symbole de statut dans les quartiers populaires. Porter des TN, c'est montrer qu'on a les moyens de s'offrir la paire la plus chère du magasin.

Associée au survêtement et à la casquette, elle devient l'uniforme d'une partie de la jeunesse des banlieues au tournant des années 2000. Le rap français, en pleine explosion, la met en avant dans les textes et les clips. On la surnomme aussi « requin », un surnom dont l'origine exacte reste discutée.

Cette visibilité a un revers. Dans les médias et l'imaginaire collectif, la TN devient l'accessoire caricatural du « jeune de cité ». Le modèle se retrouve ainsi au cœur d'un stéréotype social, ce qui renforce paradoxalement l'attachement de ceux qui le portent.

La rareté des premières années alimente aussi un important marché de la contrefaçon, avec des coloris fantaisistes qui n'ont jamais existé chez Nike.

Au-delà de la France

La France n'est pas un cas isolé. Au Royaume-Uni, la « Tn » est associée aux cultures urbaines, du grime à la drill. En Australie, elle est devenue l'une des chaussures les plus identifiées à la culture de rue. Partout, elle garde la même image : une chaussure de la rue, portée par ceux qui l'ont adoptée bien avant que la mode ne s'y intéresse.

Le retour en grâce

Pendant les années 2010, la mode redécouvre les silhouettes de la fin des années 1990. La TN sort de son stéréotype et apparaît dans les collaborations de créateurs et sur les podiums. Nike lui consacre des éditions hommage, y compris des coloris inspirés de villes françaises, et célèbre ses 25 ans en 2023 avec une collection qui reprend ses coloris historiques.

Reconnaître une TN

  • Les nervures en relief sur les côtés de la tige, en forme de palmes ;
  • la tige en dégradé de couleur ;
  • le logo TN Air sur le talon et la semelle ;
  • plusieurs bulles d'air visibles à l'avant et à l'arrière de la semelle ;
  • la pièce en queue de baleine sous la voûte plantaire.

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